09/02/2007Un été au pays des zinzouïasLe jour, comme un gros papillon mordoré qui, à l’orée des cités endormies, lutte contre la gravité dans un combat inégal, se levait lentement, jaune orangé, plein d’un optimisme niais. Dans les jardins de la ville, les zinzouïas en fleurs brillaient de roses et de rouges fluorescents. Éblouies, les abeilles les plus inexpérimentées, ou celles qui n’étaient pas du coin, manquaient leurs atterrissages et finissaient pitoyablement, qui dans le semis de rosée dont scintillaient les feuillages à cette heure de la matinée, qui dans l’humus odorant que le jardinier venait de fumer, qui (Dieu ait son âme) dans les filets inextricables d’une fâcheuse araignée. Le mois de Zaoût touchait à sa fin. L’océan Tlantatique, à des centaines de kilomètres de là, soufflait depuis quelques jours sur la ville une brise iodée revigorante. Il faisait aussi bon qu’en Zuin. Les écoles étaient fermées, les bureaux étaient fermés, les commerces étaient fermés. Les femmes, les hommes et les enfants n’avaient rien d’autre à faire dans la journée que se promener et se baigner en attendant Zeptembre. C’est pourquoi ils se levaient tard. Dans les rues désertes, les chats s’étonnaient de ne pas voir un humain, et dans les poubelles matutinales, pas un reste appétissant. Courir après les abeilles étourdies les amusait dix minutes, peut-être vingt, mais la faim et l’ennui recommençaient vite à se faire sentir. Cruel été ! Cruels humains ! Est-ce que les chats prenaient congé, eux, en été ? Ils manifestaient leur mécontentement en combattant bruyamment, ce qui énervait (ils le savaient) les gens.
 04/02/2007POUR DE FAUX (ou Joyeuseries : suite...) C'est toujours la même solitude. Elle vous rentre dedans, elle vous viole. Elle met son poing en vous, par où qu'elle entre, et vous retourne comme le taxidermiste une belle peau de pigeon. On n'y échappe pas. Appeler un ami, voir des amis, juste un soir, un tout petit soir, c'est comme rentrer chez soi pour échapper à un tueur en série qui veut votre peau. Fuite dérisoire devant l'inéluctable. J'ai dit non au brave garçon qui me proposait de boire un verre chez lui. Il ne sait pas ! Certes triste, mais satisfait aussi d'avoir contrecarré en lui cette envie puérile de l'Autre, je le vois happé par la bise tandis qu'il s'en retourne seul vers son monde. Alleluia ! Jubile ! Je t'ai initié à la Grande et Mystérieuse Unicitude de ce qui vit.
A l'Unicitude, j'oppose (dans un combat sans merci dont une, et chacun sait laquelle, sortira inébréchée) la Sollicitude. On ne la connaît que par on-dit. Autrefois, quand les arbres couvraient la moitié de la surface du globe, y compris les océans, quand les bouses de vaches ne sentaient pas mauvais et quand les Terriens n'avaient que zéro virgule sept cent soixante-dix enfants par femme, hommes compris, on dit que les gens se regardaient avec compassion, se plaisaient à brouter ensemble l'herbe des campagnes, sans penser au temps où ils seraient méchants les uns envers les autres. On dit qu'ils se caressaient constamment, à tout propos, sans pudeur. Dans les rues qui n'existaient pas, ils passaient intéressés de leurs soucis mutuels. Ils s'arrêtaient pour se dire bonjour, s'enquerraient mutuellement de leur santé, penchant bigottement l'une sur l'autre leurs figures benoites, pour mieux signifier l'amitié qu'ils se portaient. Car on s'aimait sans même se connaître, pourvu que l'Autre fût avenant. Et autrefois l'Autre était Beau, sys-té-ma-ti-que-ment. On le sait par on-dit.
A la Sollicitude, ensuite, j'oppose très mécaniquement la Solicitude. Et c'est une ronde qui fait le tour du monde, et l'on n'en sort qu'au bout d'une corde. Sollicitude, solicitude. Y a-t-il quoi que ce soit d'étonnant à ce qu'en perdant une aile, on erre ? – Monsieur l'Auteur, vos inutiles jeux de mots nous ferons fuir vos lignes avec la rage molle des pélicans dorés d'Afrique ! – Je reprends : des pélicans dorés d'Afrique, sous le vol ouaté desquels, ne migrant pas (ou plus, selon que l'on considère ou pas notre nature première de flamants roses), nous courons tous à notre perte prochaine.
 02/02/2007SAVANT SONNETJ’ai dans mon photophore un fond de stéarine
Et dans mon encéphale un avis d’apoptose :
Où fuit ma philandrie lorsque point la névrose ?
Hélas ! Elle a passé. J’absorbe une aspirine.
Splénétiques soirées, où même au stylographe
Un psychisme est rétif ! Là coule un aphorisme –
Le cœur y transparaît comme à travers un prisme,
Or pour sonder cette âme il faut un bathyscaphe.
Éclampsies ! Tétanies ! Bien des pathologies
Sont l’hybris d’un martyr – l’opium ou l’émétique ;
Aussi gardé-je espoir en la thérapeutique,
Sûr que ma fantaisie fit naître l’ontalgie :
Car en ma cosmétique il est maintes chimères,
Quelque protopresbytre et plus d’un dictionnaire.
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